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Conférence de la Yalta, 4-11 février 1945 (1)

 

Il y a 73 ans, du 4 au 11 février 1945, se tenait la conférence dite de Yalta en Crimée. Durant une semaine, le britannique Winston Churchill, le révolutionnaire soviétique Joseph Staline et l’américain Franklin Delano Roosevelt se concertaient sur le sort de l’Allemagne et du Japon. L’objectif principal de la conférence était en fait de trouver une stratégie pour terminer le second conflit mondial.

La Ville de Béthune a rendu hommage à deux des acteurs de la conférence de Yalta. En effet, c’est lors du conseil municipal du 17 février 1969 que la déviation de la route d’Arras, de la rue Michelet à la limite communale de Verquigneul a été dénommée avenue Winston Churchill (1874-1965).

Dix-huit ans plus tard, la deuxième antenne de l’avenue Washington a été dénommée rue Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) par le conseil municipal du 25 juin 1987. Béthune rendait ainsi hommage au trente deuxième Président d’Amérique. Au cours des années trente, il engagea le redressement de son pays en lançant le New Deal, programme de relance de l’économie et de lutte contre le chômage. Il fut aussi un acteur majeur du second conflit mondial.

11 février 1945 : Clôture de la conférence de Yalta

La conférence de Yalta s’est tenue dans le palais de Livadia, situé dans les environs de la station balnéaire de Yalta en Crimée, du 4 au 11 février 1945, en présence des dirigeants des principales puissances alliées contre l’Allemagne nazie. Ses buts étaient les suivants : adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale ; régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ; garantir la stabilité du nouvel ordre du monde après la victoire.

Aujourd’hui, la conférence de Yalta est perçue comme le moment où les Alliés se sont partagé la souveraineté des territoires qu’ils s’apprêtaient à libérer de l’emprise nazie, présageant la division de l’Europe en deux blocs. Pourtant, dans un article publié en 1965, Henri Bonnet, ambassadeur de France aux États-Unis de 1944 à 1954, rappelait qu’à l’époque de la conférence, la guerre n’était pas terminée : les combats faisaient encore rage et l’esprit de la réunion était surtout à l’unité entre les Alliés afin de mettre fin le plus vite possible à l’hécatombe. Le diplomate expliquait ainsi que le partage de l’Europe avait été très peu discuté lors de la conférence. Staline avait donné son accord pour le déroulement d’élections libres dans les territoires libérés et Roosevelt était surtout soucieux d’obtenir la garantie de l’intervention de l’URSS dans la guerre que son pays menait contre le Japon.

4 au 11 février 1945 Conférence de Yalta : Roosevelt Staline Churchill

A) Comprendre la conférence de Yalta

A1) 9 et 10 octobre 1944 la rencontre Churchill Staline à Moscou

Depuis la bataille de Stalingrad, l’espoir de la victoire a changé de camp ; les armées nazies reculent lentement mais partout, en Europe et en Afrique. Durant l’été 1944, les armées russes écrasent le groupe d’armées allemand de Biélorussie, occupent la Prusse-Orientale, avancent jusqu’aux faubourgs de Varsovie ; fin août, débute l’offensive victorieuse qui libère la Roumanie et la Bulgarie du fascisme. En septembre, les partisans de Tito libèrent une grande partie du pays et entrent dans Belgrade sans aucune aide de l’Armée rouge.

Les 9 et 10 octobre 1944, la rencontre de Churchill et Staline à Moscou concrétise le rapport de forces né de la guerre menée, pour l’essentiel, par les seuls soviétiques ; aussi les concessions de Churchill sont importantes en ce qui concerne un plan de partage de l’Europe du Sud-Est en « zones d’influence » pour l’après-guerre.

En pleine négociation, Churchill griffonne en termes de pourcentage l’influence de chaque « camp » après-guerre :

- 1) Roumanie : Russie 90%, les autres 10%,
- 2) Grèce : Grande-Bretagne (en accord avec les États-Unis) 90%, Russie 10%,
- 3) Yougoslavie : 50/50%,
- 4) Hongrie : 50/50%,
- 6) Bulgarie : Russie 75%, les autres 25%.

Signifiant son accord d’un trait de crayon bleu, Staline paraphe le document.

Cet accord de partage de l’Europe du Sud-Est va avoir une importance immédiate en Grèce où la Grande Bretagne soutient des forces auparavant pro-nazies afin d’écraser les Résistants du Parti Communiste. Celui-ci se voit obligé de signer un cessez-le-feu le 14 janvier 1944, prélude à son écrasement militaire.

A2) La conférence de Malte

D’octobre 1944 à février 1945, le rapport des forces évolue encore plus en faveur de l’URSS. De Budapest et de Varsovie, ses troupes sont à portée d’une chute de Berlin.

Le principal souci des Britanniques et Américains devient dès lors d’obtenir des garanties de Staline concernant une limitation de l’avancée de l’armée rouge et des garanties pour l’après-guerre.

Du 31 janvier au 3 février 1945 les Alliés se concertent à Malte pour présenter un front uni face à Staline et lui imposer le maximum de reculs.

A3) La conférence de Yalta : position de Staline pour l’URSS

Elle s’ouvre le 4 février 1945 dans la péninsule de Crimée qui a beaucoup souffert des combats. Des meubles sont apportés directement de Moscou. Des réparations urgentes sont opérées pour rendre accueillantes les 116 pièces du palais de Livadia, ancienne résidence du tsar Nicolas II. Ceci dit, les conditions de vie resteront sommaires, ne serait-ce qu’en raison d’un manque de sanitaires.

Quelles sont les préoccupations soviétiques à l’ouverture de la conférence ?

- la reconnaissance de la ligne Curzon (proposée en 1919 par le ministre britannique des affaires étrangères Lord George Curzon) comme frontière avec la Pologne (ligne du Boug plus moitié de la Galicie dont Lvov)
- la création d’une zone d’influence dans les Etats voisins de l’URSS, notamment en Pologne, pour protéger cette frontière
- l’obligation pour l’Allemagne de payer des réparations de guerre à l’URSS dont toute la partie européenne avait été ruinée, dévastée par les armées nazies, de Léningrad à Odessa et de Stalingrad à Minsk
- la construction d’une paix internationale durable

A4) La conférence de Yalta : position de Churchill pour le Royaume-Uni

De 1918 à 1939, la préoccupation centrale de Londres et de Paris avait été, non de stopper la montée du fascisme mais de bloquer toute progression du socialisme et du communisme dans les pays voisins de l’URSS. Pour le maréchal Foch la frontière soviétique représentait une véritable ligne de front à tenir comme chaque tranchée de la Première guerre mondiale.

Ainsi, les armées françaises et britanniques étaient intervenues aux côtés des armées blanches dans la guerre civile russe.

Ainsi, les armées britanniques et françaises étaient intervenues militairement en Roumanie, en Bulgarie, en Yougoslavie, en Hongrie, en Pologne mettant parfois en place des régimes fascistes pour mieux contenir le mouvement ouvrier de ces Etats.

Ainsi, Londres et Paris avaient soutenu toute possibilité de régime économiquement libéral et politiquement autoritaire sinon fasciste dans la zone afin de créer un « cordon sanitaire » autour de l’URSS (en Finlande et dans les Etats baltes par exemple). Et voilà que maintenant Moscou voulait faire de cette Europe de l’Est un « cordon sanitaire » pour sa propre protection.

Les Britanniques ne pouvaient donc à Yalta accepter sans combat pied à pied les propositions de Staline. De plus, Churchill était depuis longtemps un homme politique proche de l’extrême droite, viscéralement anticommuniste. Enfin, Londres était très attaché à l’avenir de la Pologne (gouvernement en exil hébergé dans cette ville) et à celui des Balkans (particulièrement la Grèce), zone qui avait toujours préoccupé sa diplomatie, son armée (débarquement de Gallipoli pendant la Première guerre mondiale) et sa marine.

A5) La conférence de Yalta : position de Roosevelt pour les USA

Churchill a écrit dans ses Mémoires que Roosevelt avait trahi l’Occident libéral durant la Conférence laissant passer des demandes inacceptables de Staline sur les frontières des Etats d’Europe de l’Est (Pologne, Yougoslavie...), sur les îles japonaises...

Tous les historiens s’accordent sur le fait que Roosevelt était dans un état physique catastrophique durant la conférence qu’il présidait (Il décèdera d’ailleurs exactement deux mois plus tard) :
- paralysé des jambes à la suite d’une poliomyélite, il doit être porté par un garde du corps
- sa pression artérielle est prise à 30/17 durant la conférence d’où un manque de concentration, de la fatigue, des vertiges. Sur plusieurs questions importantes, il n’a pas la force de lire le dossier préparatoire...

De plus, il compte surtout sur les institutions internationales (ONU...) à mettre en place en commun accord avec le Royaume-Uni, la Chine (alors non communiste) et l’URSS pour conforter la suprématie économique, idéologique et politique des Etats-Unis.

A6) Remarques sur le bilan de Yalta

- Yalta a surtout permis aux USA, au Royaume-Uni et à l’URSS de rester unis pour terminer la guerre face au 3ème Reich. Ceci dit, Churchill par exemple, est déjà plus préoccupé par le rapport de forces face à l’URSS que face à Hitler. Des dirigeants nazis négocient déjà avec Washington et Londres d’une paix séparée pour rassembler leurs forces face à l’armée rouge ou au moins préparer un après-guerre d’unité occidentale nécessitant une relance économique allemande.
- Immédiatement après Yalta, Londres transmet à l’état-major soviétique de fausses informations sur les positions militaires allemandes. Heureusement, le Kremlin décèlera la manœuvre qui aurait pu coûter très cher à ses soldats et retarder encore la fin de la guerre. Le problème pour Washington et Londres, c’est de retarder l’avancée russe afin d’arriver les premiers à Berlin ; ainsi, dès 1943, Roosevelt et Churchill s’étaient mis d’accord sur l’Opération Rankin consistant à s’emparer par des forces aéroportées de Berlin et des grandes villes allemandes.
- Au-delà des sphères d’influence négociées à Yalta, Roosevelt veut instituer un système permanent de direction du monde entraînant si nécessaire des interventions militaires. Comme l’écrit le général de Gaulle après l’avoir rencontré « Dans sa pensée, un directoire à quatre, Amérique, Russie, Chine, Grande-Bretagne, règlera les problèmes de l’univers... mais à moins de livrer à la discrétion des trois autres la quasi-totalité de la Terre, une telle organisation devra, suivant lui, impliquer l’installation de la force américaine sur des bases réparties dans toutes les régions du monde, dont certaines seront choisies en territoire français. » Quiconque tire aujourd’hui le bilan de l’OTAN et des institutions internationales peut constater que globalement elles n’ont pas contrarié les intérêts états-uniens, au contraire ; Roosevelt a donc peut-être joué plus finement qu’il n’y paraît.
- Presque tous les articles du web, presque tous les manuels scolaires développent le point de vue d’un président américain ayant laissé Staline triomphant prendre le dessus lors des négociations de Yalta. Il est nécessaire de mettre un gros bémol sur cette affirmation. Le président des Etats-Unis peut être malade que son staff ne l’est pas. L’historien russe Valentin Faline (ex chef du département de politique étrangère du Comité Central du PCUS) a raison de noter que « La plupart des décisions adoptées à Yalta avaient à leur base les projets états-uniens. Et pas les nôtres... »
- On reste cependant surpris que L’Humanité (par exemple dans l’article ci-dessous en B) et L’Humanité Dimanche continuent dans leurs articles sur Yalta à affirmer qu’il n’y a pas eu partage du monde (au moins de l’Europe) en zones d’influence lors de la conférence de Yalta. L’ensemble de cet article essaie de démontrer le contraire.


Lisez la deuxième partie de cet article

 

yogaesoteric
20 juillet 2018

 

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