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L’ONU gangrenée par la censure (2)

 

Lisez la première partie de cet article


Quand un rapport sur « l’Injustice » inflige une injustice à ses auteurs

L’ONU paraît gagnée par la gangrène de la censure, fait inédit dans les annales de la diplomatie multilatérale. Temple de la diplomatie ouverte, l’Organisation Internationale a en effet ordonné la censure d’un rapport qu’elle a commandité elle-même, sous la double pression d’Israël et de pays arabes non identifiés. Une mesure qui a frappé un haut fonctionnaire occupant l’échelon le plus élevé de la haute fonction publique : un ressortissant arabe ayant grade de secrétaire général adjoint.

Retour sur cet hallucinant récit, qui correspond néanmoins à la triste réalité

Tout commence par une décision de la Commission Économique et Sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) de confier à Rima Khalaf la responsabilité de diriger une étude sur « L’Injustice dans le Monde arabe et les moyens d’y remédier en vue d’emprunter le chemin de la justice ».

Une préoccupation nullement surprenante provenant d’une institution préconisant la démocratie multilatérale; un intitulé nullement révolutionnaire d’une instance se drapant dans l’État de Droit. De la routine en somme.

Le groupe de travail avait pourtant consacré deux ans pour ses enquêtes, la recension, la vérification des faits et la rédaction du rapport ; constitué d’une équipe de chercheurs de haut niveau, il a fonctionné « en concertation avec le commanditaire à toutes les étapes de la recherche, tant au niveau de sa préparation, de sa structuration que de son édition ». Ses enquêtes, la recension, la vérification des faits et la rédaction du rapport ; de surcroît, le rapport avait une valeur purement consultative, nullement contraignant.

En dépit de toutes ces précautions, le rapport finalisé n’a pas eu l’heur de plaire à ses commanditaires. Patatras, coup de théâtre, la CESAO s’est opposée in extremis à sa publication.

La censure résulterait des pressions exercées sur cette organisation par Israël et des pays arabes non identifiés, vraisemblablement le Qatar, selon des indications fournies par plusieurs hauts fonctionnaires de l’ONU.

Pour Israël, le fait que le rapport contienne un chapitre particulièrement critique concernant la Palestine a conduit l’État Hébreu à faire pression pour empêcher sa publication. Pour les États arabes, la présence au sein du groupe de travail d’une équipe dirigeante honnie des pétromonarchies a conduit les États du Golfe à réclamer à leur tour la censure du rapport, selon des informations recueillies auprès du groupe de travail.

L’équipe dirigeante dans le viseur des pétromonarchies était constituée des trois personnalités suivantes représentatives des principaux courants idéologiques du Monde arabe : Raghid El Solh, universitaire libanais, Professeur à l’Université d’Oxford (Royaume Uni), de tendance nationaliste arabe, décédé le 2 février 2017 des suites d’un AVC (accident cardio-vasculaire), Mohammad Marzouki, ancien ministre tunisien, membre du parti An Nahda, qui avait démissionné de son poste en signe de protestation contre la politique menée par le gouvernement post dictature, ainsi que M. Haytham Manna, Président de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), figure de proue de l’opposition démocratique syrienne, et à ce titre ostracisé par la France.

MM. Marzouki et Manna sont particulièrement dans le viseur du Qatar en ce que le tunisien a abandonné à son triste sort l’attelage Rached Ghanouchi-Mouncef Marzouki et le syrien jouit d’un prestige infiniment supérieur au poulain du Qatar, le premier chef nominal de l’opposition off-shore Bourhane Ghalioune. Selon ces mêmes informations, c’est le Qatar qui aurait sonné l’hallali et mobilisé le syndicat des pétromonarchies du Golfe.

Abus de pouvoir ? Schizothymie latente des décideurs ? Quoi qu’il en soit le fait est qu’Israël, qui se gargarise, ainsi que ses laudateurs occidentaux, du fait qu’il est « l’unique démocratie du Moyen orient », est coutumier du fait. En tandem avec le Qatar, il a réussi à museler une ONG phare qui se proposait, tout à la fois, de pourchasser les criminels de guerre israéliens à Gaza et les conditions de travail des travailleurs immigrés au Qatar sur les chantiers du Mundial 2022.

Le nouveau président ultraconservateur américain Donald Trump, volant au secours de ses alliés régionaux, a menacé, lui, de couper les vivres à l’organisation internationale et à ses organisations régionales.

Instrument obsolète, l’ONU sert tout au plus d’instrument d’intimidation, de punition et d’humiliation. Son instrumentalisation par les grandes puissances pour les besoins de leur politique explique une part de son discrédit.

Si la censure est de rigueur en France pour toute pensée dissidente à l’égard du conflit de Syrie (2011-2017), il en a été de même pour les États-Unis en ce qui concerne l’invasion américaine de l’Irak (2003). Pareille déconvenue avait frappé Carla Ponte, la procureure du Tribunal Pénal International pour avoir émis des doutes sur les responsabilités dans l’usage des armes chimiques en Syrie, pointant du doigt les groupements relevant de la nébuleuse du terrorisme islamique.

Rima Khalaf, le pilote principal du rapport

Le parcours de son signataire illustre à lui seul la complexité du fait palestinien dans les pays arabes: D’origine palestinienne, de nationalité jordanienne, native du Koweït Rima Khalaf est l’une des personnalités arabes ayant occupé l’un des plus hauts échelons de l’organisation internationale : le poste de Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), avec rang de Secrétaire générale adjointe.

Chargée de plusieurs missions difficiles pour le compte de l’ONU, ce rapport, quintessence de son travail de recherche, se proposait d’être le cadeau d’adieu de ce haut fonctionnaire international, en fin de mission auprès de l’ONU en vue de restaurer une part de sa crédibilité, écorné par des abus répétés.

De 2000 à 2006, elle a lancé des projets pionniers pour la promotion de la bonne gouvernance, des droits de l’homme et du développement humain dans les États arabes, ce qui lui a valu des distinctions internationales.

Auparavant, Mme Khalaf a occupé de nombreux postes ministériels dans son pays d’adoption, notamment celui de Ministre de l’industrie et du commerce (1993-1995), de Ministre de la planification (1995-1998) et de Vice-Premier Ministre (1996-2000) où, en sa qualité de Chef de l’équipe économique ministérielle, elle a dirigé le train des réformes et modernisé l’économie nationale tout en assurant la mise en œuvre d’une série de mesures sociales axées sur le renforcement des capacités humaines, la réduction de la pauvreté et le renforcement des filets de sécurité sociale.

Mme Khalaf a régulièrement contribué à des forums régionaux et internationaux en rapport avec la politique ayant trait à la gouvernance mondiale et à l’état du développement dans le monde arabe. Elle a participé à la haute Commission pour la modernisation du groupe de gouvernance de la Banque mondiale (2008-2009).

Une contribution de 31 intellectuels arabes, homme, femmes des divers pays arabes

Le rapport censuré est le fruit d’un travail collectif de 31 intellectuels arabes, hommes et femmes, des divers pays arabes du Machreq et du Maghreb.

Parmi les contributeurs figurent des intellectuels arabes de premier plan représentant les grands courants politiques arabes, des nationalistes arabes aux personnalités de sensibilité islamiste. Un choix délibéré destiné à éviter l’accusation de sectarisme, regroupant les personnalités suivantes : Raghid Al Solh (Liban), professeur à l’Université d’Oxford (Royaume Uni), Clovis Maksoud (Liban), Ambassadeur de la Ligue Arabe auprès des Nations Unies et fondateur de l’Université du Tiers Monde (New York City), Kamal Khalaf Al Tawil, (Palestine), contributeur du site en ligne Ar Rai al Yom, Nassif Hitti, ambassadeur de la Ligue arabe à Paris, Haytham Manna, précité, Tamim al Barghouty, poète palestinien de renommée panarabe, Fehmi Houeidy, journaliste égyptien de sensibilité confrérique, de même que le tunisien Mohamad Marzouki.

La Palestine : la traditionnelle pierre d’achoppement de la diplomatie internationale

D’un tel contexte d’injustice, subi tant au niveau individuel qu’au niveau des peuples, deux éléments indissociables, le rapport en a analysé les conséquences sur la cause palestinienne « une parfaite incarnation de l’injustice subie par son peuple et de l’injustice qui plane sur le fonctionnement de ses éléments constitutifs », poursuit le texte

Difficile pour l’ONU de cautionner un tel constat. Indigné par cet acte de censure, le groupe de travail a décidé de publier ce rapport, passant outre à l’interdiction de l’ONU.

Cent ans après la proclamation de la Promesse Balfour fondant un « Foyer National Juif en Palestine », la Palestine continue de hanter la conscience occidentale et de tétaniser Israël, « le principal bénéficiaire d’une compensation sur les biens d’autrui de l’époque contemporaine, une perversion triangulaire », selon l’expression du psychiatre libano-canadien Richard Karim Jbeily.

 

yogaesoteric
15 mai 2018

 

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