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A quoi sert le « coffre-fort de l’apocalypse » construit en Arctique ?




Le 26 février 2008, une réserve mondiale qui pourra contenir jusqu’à 4,5 millions d’échantillons végétaux a été inaugurée au nord de la Norvège. Censée protéger le patrimoine alimentaire de l’humanité d’une catastrophe planétaire, cette « Arche de Noé » suscite bien des interrogations quant à ses motivations réelles. « Jardin d’Eden » ou « coffre-fort de l’apocalypse » ?

C’est dans un bunker prisonnier des glaces et d’une terre gelée en permanence appelée permafrost que les graines des principales cultures vivrières du monde sont conservées à une température de -18°C. Cette réserve, sous haute protection, se trouve sur une île de l’archipel du Svalbard à 1.000 km du pôle Nord.

Officiellement, l’objectif est de disposer d’un « grenier » mobilisable afin de « garantir la préservation de la diversité des produits agricoles pour le futur ». A terme, plus de 4,5 millions de semences y seront stockées, ce qui équivaut à environ 2 milliards de graines, deux fois plus que le nombre de variétés que nous cultivons.

En 2008, 250.000 échantillons avaient déjà été collectés. Mi-2015, la chambre forte en comptait 850.000.

Notons que les différents États et institutions qui fournissent ces semences en restent propriétaires. En effet, si une variété de culture vient à disparaître, les Etats et institutions pourront récupérer les graines qu’ils ont déposées.

Si cela n’est bien sûr pas suffisant pour recréer l’ensemble de la biodiversité des végétaux, il s’agit un palliatif qui pourrait être d’un grand secours en cas de crise majeure et planétaire. Changements climatiques, menaces nucléaires, effondrement de la biodiversité, épidémies, catastrophes naturelles, chute d’un météorite... : les raisons ne manquent malheureusement pas pour justifier un tel projet.

Lors de la cérémonie d’inauguration, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a décrit l’endroit comme « un jardin d’Eden glacé ». En fait, il s’agit d’une installation fortifiée qui comprend un long tunnel d’une centaine de mètres de long qui débouche sur trois grandes alcôves.

Les graines y reposent dans des sachets hermétiques alignés sur des étagères métalliques. La partie visible se limite à l’entrée qui émerge de la montagne enneigée. Celle-ci est constituée de deux hautes parois surmontées d’une œuvre d’art conçue pour être visible à des kilomètres à la ronde dans l’obscurité permanente et totale de l’hiver polaire.

En fait, le « jardin d’Eden » se rapproche davantage d’un blockhaus puisqu’il comprend des portes blindées, des caméras de surveillance, des parois en béton armé de plus d’un mètre d’épaisseur et que la conception d’ensemble, protégée par la roche de la montagne, permet en théorie de résister aux tremblements de terre et même, selon leur concepteur, à une attaque nucléaire directe ou à une chute d’avion. De plus, les chambres froides sont situées à 130 mètres au-dessus du niveau de la mer pour échapper à la montée du niveau des océans, conséquence très probable du réchauffement climatique. Il n’y aura pas de personnel présent en permanence mais une gestion et une surveillance à distance.

Si le niveau de protection peut rassurer, il peut inquiéter également quant à l’ampleur des menaces prise en compte, ce que confirme dans son discours José Manuel Barroso : « nous espérons et œuvrons pour le meilleur, mais nous devons nous préparer au pire ».

« Jardin d’Eden » ou « coffre-fort de l’apocalypse » ?

Le nom officiel du projet est « Svalbard Global Seed Vault » alors que les partenaires qui y collaborent l’appellent entre eux « le coffre-fort de l’apocalypse » (doomsday vault), ce qui n’est guère rassurant.

De surcroît, les noms bien connus des différents investisseurs sèment le trouble sur l’objectif réel de ce projet. En effet, le Réseau Semences Paysannes souligne dans un communiqué que ce projet est le fruit d’un accord tripartite entre le gouvernement norvégien, le « Global Crop Diversity Trust » et la « Nordic Gene Bank ». Le « Trust » – financé et soutenu notamment par la Fondation Bill et Melinda Gates, La Fondation Rockefeller, Dupont/Pioneer, Syngenta AG et la Fédération Internationale des Semences, les plus importants acteurs et lobbyistes de l’industrie des semences – financera les opérations de « l’Arche ».

Or, la plupart de ces structures ne sont pas réputées pour favoriser la diversité génétique et l’accès aux ressources génétiques vivantes actuelles. En effet, selon le Réseau Semences Paysannes, « elles imposent partout des lois qui remettent en cause les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre les semences reproduites à la ferme (...) Elles les obligent ainsi à acheter celles de l’industrie, seules à pouvoir être inscrites dans les catalogues officiels requis pour toute vente. Dans de nombreux pays, les paysans n’ont même plus le droit de ressemer leur récolte. » De plus, « elles généralisent la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) par des stratégies commerciales agressives mettant en danger la diversité des semences fermières. »

Notons qu’il existe déjà des banques de semences à travers le monde qui conservent en plusieurs exemplaires les graines si précieuses. Les concentrer en un seul endroit, si les autres devaient fermer pour différentes raisons, pourrait au contraire, augmenter considérablement le risque que ce projet cherche à prévenir officiellement.

Enfin, officiellement, les graines pourraient se conserver pendant 400 à 500 ans, mais personne ne sait vraiment combien de temps elles pourront garder leur capacité à germer... Une incertitude qui sème le doute pour Guy Kastler, fondateur du Réseau Semences Paysannes : « le seul intérêt pour les multinationales c’est de déposer des brevets sur les séquences génétiques des graines ». Considérant que les semences seront mortes à moyen terme, elles ne pourront effectivement pas remplir le rôle qui est prévu par le projet.

Des variétés rares de pomme de terre rejoignent la réserve

En août 2005, 750 semences de pommes de terre provenant de variétés rares ont été déposées dans le grenier de glace. Elles appartiennent aux représentants de communautés autochtones andines ayant contribué à la création du Parque de la Papa (Parc de la pomme de terre) à Cuzco (Pérou).

« La pomme de terre est originaire des Andes en Amérique du Sud. Au fil des siècles, les agriculteurs andins en ont sélectionné plus de 2.000 variétés de toutes formes, couleurs et tailles. La pomme de terre a également des dizaines de parents sauvages, de l’Uruguay à l’Arizona. Aujourd’hui troisième aliment le plus consommé dans le monde, elle contribue à nourrir plus d’un milliard de personnes chaque jour. Ce remarquable tubercule – pauvre en graisses mais à haute teneur en protéines, en calcium et en vitamine C – est cultivé sur tous les continents.

Toutefois, le réchauffement de la planète et les maladies comme le mildiou de la pomme de terre – qui cause 8,5 milliards de dollars de pertes chaque année dans les pays en développement, mettent en péril cette ressource inestimable, de même que la modernisation de l’agriculture et les changements d’affectation des terres. Ainsi, de nombreuses variétés de pommes de terre ont disparu au cours des dernières décennies, une grande perte à la fois pour les communautés andines d’où elles étaient natives, et pour le monde entier » (FAO, 08/2015).

Le « coffre-fort de l’apocalypse » au secours de la guerre en Syrie

Pour la première fois depuis sa mise en service, la réserve mondiale va être sollicitée pour reconstituer les stocks de graines détruits à cause de la guerre en Syrie qui a vu la destruction de la banque de gènes d’Alep. Heureusement, l’ICARDA, le Centre international de recherche agricole dans les zones arides, a pris soin de mettre à l’abri dans le coffre-fort de l’apocalypse 90 % de ses graines, mais aussi dans d’autres banques de graines à travers le monde.
En septembre 2015, il a annoncé dans un communiqué qu’il souhaite les récupérer afin de les replanter au Liban ou encore au Maroc, pays aux climats proches de celui de la Syrie.

« C’est la première fois que l’on nous demande de récupérer des graines », a indiqué Åsmund Asdal, le coordinateur de la réserve du Svalbard. « C’est une mauvaise nouvelle pour l’ICARDA et pour la banque de gènes d’Alep qui est détruite, mais, pour nous, c’est la confirmation que la Réserve mondiale du Svalbard est une mesure mondiale utile et indispensable ».

 

yogaesoteric
16 mars 2017

 

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