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Vus d’Iran, les Etats-Unis sont-ils toujours le « Grand Satan » de 1979 ?

 

Lors de la conférence de presse qu’il donnait le 5 novembre 2014, Barack Obama notait qu’une « grande partie de l’élite politique [iranienne] avait fait ses premières armes sur l’anti-américanisme », et que la capacité de ce groupe à accepter des négociations avec la puissance américaine restait pour cette raison une question ouverte.

Ce jugement du Président des Etats-Unis invite à s’intéresser au poids réel de l’idéologie anti-américaine dans l’Iran contemporain. En portant le regard sur l’histoire des relations entre les deux pays et sur les liens qu’entretiennent d’importants groupes sociaux iraniens avec la culture américaine, on constate que de nombreux éléments d’ouverture existent, et que les Etats-Unis sont loin de n’être que le « Grand Satan » autrefois conspué par le Guide Khomeiny.

Une nation libératrice : les Etats-Unis et l’Iran de 1830 à 1953

Si une certaine « américanophilie » peut exister en Iran, c’est d’abord parce que les souvenirs historiques iraniens liés aux Etats-Unis ne se limitent pas à la prise d’otage de l’ambassade américaine de 1979. Avant cet épisode tragique, marquant le début de la rhétorique du « Grand Satan » en Iran et celui d’une défiance généralisée pour la puissance perse aux Etats-Unis, une réelle alliance a existé entre les deux nations. Dès les années 1830, des missionnaires presbytériens venus d’outre-Atlantique sont actifs sur le sol iranien. Leur présence est alors loin d’être assimilée à une « occupation » : elle est au contraire associée à la fondation d’institutions comme l’Ecole polytechnique de Téhéran, Dâr-al-Fonun, en 1851, première grande institution d’enseignement supérieur en Iran, qui continue de former une partie des élites du pays.

En ce milieu de XIXe siècle se forge une image originale de la puissance américaine : celle d’une nation libératrice, garante de l’intégrité territoriale de l’Iran face aux appétits des nations colonisatrices européennes. En 1856, les Etats-Unis soutiennent l’Iran dans leur affrontement face aux Britanniques et limitent la portée du traité de Paris de 1857, consacrant le retrait des Iraniens de la région de Hérat. Les Etats-Unis sont alors conçus comme une puissance médiatrice et même comme un véritable recours diplomatique lorsque l’Etat perse est mis en difficulté. Ils continuent de jouer ce rôle a milieu du XXe siècle, cette fois face à l’URSS : c’est au Président Truman qu’il revient de protéger l’Azerbaïdjan et le Kurdistan iraniens des velléités hégémonistes de Staline.

La figure du jeune Howard Baskerville (1885-1909) incarne plus que toute autre cette représentation des Etats-Unis comme « puissance libératrice ». Ce professeur lié à la mouvance des missions presbytériennes soutint la révolution constitutionnaliste de 1909 et perdit la vie lors du siège de Tabriz. Un buste à son effigie orne aujourd’hui encore le musée de la Maison de la Constitution de Tabriz, signe que sa figure suscite toujours l’admiration des progressistes iraniens. La mémoire dédiée à cet homme montre que la représentation iranienne des Etats-Unis est loin d’être univoque, mais prend largement en compte le rôle jugé positif que ceux-ci ont joué dans l’histoire du pays.

Un faux pas diplomatique : le renversement du Dr Mosaddeq et ses conséquences historiques

Si l’image du « Grand Satan » s’est substituée à celle du libérateur, c’est en raison d’un revirement stratégique opéré par les Etats-Unis en 1953. Une forte lutte a lieu entre le Premier ministre nationaliste Mohammad Mosaddeq et le Shah d’Iran. A l’issue de celle-ci, le Shah s’enfuit à l’étranger, par peur d’une arrestation. Cet événement inquiète les Etats-Unis, qui craignent que Mohammad Mosaddeq ne profite de cette occasion pour faire alliance avec le parti Toudeh (communiste) et fasse passer son pays dans le giron soviétique. La CIA organise alors un coup d’Etat (l’opération AJAX) pour redonner le pouvoir au Shah et renverser Mosaddeq. A l’issue de cette crise, les Etats-Unis mettent en place une politique impérialiste destinée à renforcer leur contrôle sur l’Iran, et ce faisant ternissent l’image de « libérateur » qu’ils avaient su construire. Une police politique – la SAVAK – est mise en place. Les gisements pétroliers sont ouverts aux investisseurs américains. Des bases militaires de renseignement sont installées sur le territoire iranien. En même temps, cette opération ouvre la voie à un renforcement de la présence de la culture américaine sur le sol perse, affermissant d’une certaine manière les liens entre les deux nations.

C’est en référence à ces événements que le Guide de la Révolution Khomeiny a développé la rhétorique du « Grand Satan impérialiste », une fois achevée la Révolution islamique de 1979. Chaque semaine, lors de la prière du vendredi, devait être répétée la condamnation de l’immoralité de la puissance américaine. C’est aussi dans ce contexte qu’eut lieu la crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran, à l’issue de laquelle une relation de défiance s’installa entre l’Iran et les Etats-Unis. Depuis lors, chaque action des Etats-Unis menée à l’encontre de la République islamique est l’occasion d’une recrudescence du discours anti-impérialiste critiquant l’arrogance de la puissance américaine : les frappes effectuées sur une base pétrolière iranienne en 1988, les sanctions anti-nucléaires votées en 2006, ou encore la cyberguerre menée par l’administration Obama contre les installations nucléaires iraniennes ont contribué à attiser l’idéologie anti-américaine de l’Etat iranien.

L’Iran et les Etats-Unis après la Révolution islamique, alliés malgré eux ?

Il serait pourtant caricatural de faire état de ce type de discours sans souligner en même temps son décalage avec les réalités politiques. Depuis 1979, la conscience d’une convergence d’intérêts entre l’Iran et les Etats-Unis n’a jamais quitté l’esprit des élites politiques iraniennes. Derrière les discours de façade ont perduré les efforts d’ouverture à l’ancien allié américain. En un mot, l’amitié passée n’a jamais été complètement oubliée par les élites politiques.

En mettant à part le cas d’Israël, on constate ainsi que l’Iran a soutenu la position américaine au Moyen-Orient à chaque fois qu’une crise majeure bousculait la région. Dès 1990-1991, le président iranien Hachémi Rafsandjani fit le choix de ne pas critiquer l’intervention américaine contre le vieil ennemi irakien. En 2001, comme le fait remarquer l’historien Yann Richard : « lors des attentats du 11 septembre 2001, l’Iran fut le premier pays islamique à envoyer ses condoléances et sans doute le seul où aucune manifestation de liesse populaire ne s’est produite. » L’Iran fut également actif dans la lutte contre le terrorisme sunnite, qui menaçait son existence en tant qu’Etat chiite. En 2003, le pays fut l’un des rares à soutenir l’intervention américaine en Irak. Le rapprochement actuel, justifié par la crainte commune de l’Etat islamique, ne fait que consacrer cet état de fait : Etats-Unis et Iran ont, depuis les années 1980, des intérêts convergents au Moyen-Orient.

Conscients de ces intérêts communs, les responsables politiques iraniens ont régulièrement fait part de leur volonté de normaliser leurs relations avec la puissance américaine. Après son élection en 1997, Mohammad Khatami plaida pour le développement d’un « dialogue des civilisations » devant rapprocher son pays des nations occidentales. En 2002, les ambassadeurs iraniens en France et en Suisse Tim Guldimann et Sadegh Kharazi mirent en place une « feuille de route » devant mener à une réconciliation des deux camps, en dépit des discours véhéments de Georges Bush assimilant l’Iran à « l’Axe du mal ». Plus étonnante encore fut l’initiative de Mahmud Ahmadinejad de 2005 : celui-ci écrivit au Président américain une lettre personnelle, qui allait dans le même sens, bien qu’elle parût déconcertante aux diplomates occidentaux. Le Président iranien récemment élu évoquait alors Moïse, Jésus et Mahomet pour appeler à un rapprochement américano-iranien. Ce faisant, il mettait en avant un attachement commun des deux nations aux valeurs religieuses, qui aurait pu servir de point d’appui à une compréhension mutuelle.

Si ce discours d’ouverture est resté inaudible, c’est sans doute parce que les Guides successifs ne se sont pas refusé à adopter un double langage face aux Etats-Unis : ils continuent de faire appel à la rhétorique classique de condamnation des Américains pour ne pas mettre à mal les fondements idéologiques du régime, tandis que les responsables politiques menant effectivement les négociations adoptent un ton beaucoup plus pragmatique et en phase avec leurs volontés de rapprochement. On trouve une illustration de cette contradiction dans les négociations actuelles concernant la stratégie à mener contre l’Etat Islamique : fin septembre 2014, lors d’un discours tenu à l’Assemblée des Nations unies, Hasan Rohani appelait de ses vœux une véritable coopération pour lutter contre l’EI. Pourtant, au lieu de se satisfaire de la réponse positive donnée par les Etats-Unis à cet appel, le Guide Ali Khamenei choisit de critiquer vertement la politique offensive états-unienne, arguant que les Iraniens n’accepteraient pas de travailler avec un gouvernement ayant « les mains souillées ». Mais dans le même temps, les négociations avec les Etats-Unis s’accélèrent, dans le but avoué de faciliter le terrain à une coopération sur le dossier de l’EI. Tout porte à croire que la classe politique iranienne est consciente de l’inanité du discours anti-américain tenu par le Guide, mais que ce discours continue d’être tenu pour faire des Américains les boucs émissaires de la situation économique difficile du pays. Bref, ces anathèmes sont plus du ressort de la propagande intérieure que de celui de la politique extérieure réelle de l’Iran.

Entre fascination et acculturation : la jeunesse iranienne face au modèle américain

La question qu’on est amené à poser est alors celle de la réception de ces deux discours concurrents parmi la population iranienne. Celle-ci soutient-elle le Guide dans sa posture violemment anti-américaine, ou est-elle sensible aux volontés de normalisation des relations et de rapprochement avec les Etats-Unis ?

Il n’y a évidemment pas de réponse univoque à cette question. Il faut d’abord reconnaître que l’anti-américanisme continue de marquer la population iranienne. Le 4 novembre 2014, les fêtes de l’Achoura ont été l’occasion de commémorer les 35 ans de la prise de l’ambassade américaine de Téhéran, fondatrice de la République islamique. On y a vu des drapeaux américains (et israéliens) brûlés par les manifestants. Signe de l’importance persistante de l’anti-américanisme dans l’identité du régime islamique.

Pourtant, ce type d’action tend à se marginaliser. Un phénomène de long terme contribue en effet à nuancer l’image de « Grand Satan » accolée aux Etats-Unis : il s’agit de l’attachement de la jeunesse iranienne à la culture américaine. Dans un pays où la démographie est telle que plus de 60% de la population n’a pas connu les événements de 1979, ce phénomène tend à l’emporter sur l’idéologie officielle incarnée par le Guide. Ainsi, les liens universitaires entre Etats-Unis et Iran sont plus forts que jamais. On compte près de 100.000 étudiants et chercheurs iraniens aux Etats-Unis (contre 2000 en France). Cette présence est telle que certains quartiers de Los Angeles sont surnommés Therangeles, en référence à leur iranisation. De retour au pays natal, il est clair que l’attrait suscité par l’Amérique l’emporte sur le reste parmi ces jeunes. Mais la fascination suscitée par les Etats-Unis dépasse ce groupe d’étudiants socialement priviligiés. L’historien Yann Richard mentionne ainsi une étude internationale menée en 1990, d’après laquelle l’image des Etats-Unis était plus positive en Iran que nulle part ailleurs dans le monde au lendemain de la chute de l’URSS. Les résultats étaient en telle contradiction avec l’idéologie du régime que l’institut de sondage chargé de cette enquête fut dissout après l’annonce de résultats.

Vers un affaiblissement de l’idéologie anti-américaine ?

En définitive, la place des Etats-Unis dans l’imaginaire iranien est beaucoup moins caricaturale que ne le laisse penser sa réduction à l’idéologie anti-impérialiste issue de la Révolution de 1979. Ni leur amitié passée, ni leur convergence d’intérêts, ni leurs liens sociologiques très forts ne sont oubliés. Ces éléments constituent le terreau des négociations actuelle et laissent penser qu’une renonciation à la rhétorique du « Grand Satan » est loin d’être aussi inimaginable que peuvent l’imaginer nombre d’observateurs occidentaux.

 

yogaesoteric
14 novembre 2017

 

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